Ça ressemble à.
(les archives)
Cette semaine que j’ai passée à Montréal à chercher partout les miettes d’amour des autres.
Ça ressemble à cette femme pendant mon cours de yoga dans un studio trouvé en marchant sur St-Laurent qui chuchotait à son corps qu’elle voulait l’aimer au moins jusqu’à la fin de la classe.
Ça a des airs de ce gars qui joue nerveusement avec son étui à AirPods en regardant du coin de l’oeil cette fille qui l’a quitté pour courir à l’arrêt d’autobus les joues rosies par le froid les cheveux emmêlés par la pluie.
Ça pourrait facilement être ces deux adolescents qui parlent du livre que l’un vient de ranger dans son sac pendant que l’autre lui dit qu’il a tout juste fini de le lire qu’il capote sur le chapitre 22 qu’il veut savoir ce que lui pense du chapitre 22.
J’imagine que l’amour c’est aussi ce vieux monsieur à ma droite qui tape son carnet rouge contre sa tasse de café l’air concentré. J’ai vu par-dessus mon épaule qu’il lisait un courriel reçu par un de ses étudiants lui demandant des recommandations de lectures qui pourraient bonifier sa maîtrise. Le vieux monsieur passe presque 15 minutes à lui monter une liste.
L’amour c’est aussi la passion dans la voix de l’homme d’affaires qui ne sort pas une seule seconde de son meeting en ligne même pour commander son americano tellement il est investi dans la conversation.
Évidemment c’est ce couple que je croise en marchant dans le vieux-port habillés pareils des vêtements jusqu’aux lunettes de soleil la main dans la main les lèvres qui ne disent rien.
Et c’est aussi cet autre couple les yeux rivés sur leur téléphone respectif mais les pieds qui jouent les uns avec les autres sous la table.
L’amour sans dire je t’aime c’est ce barista qui a pris tout le temps du monde pour travailler sa moustache ce matin et qui prend autant de temps pour m’énumérer tous les types de laits qu’il a de disponibles et les ingrédients de chacune de ses brioches.
Ça peut aussi être la confiance d’une inconnue qui me demande en plein film au cinéma Beaubien si je peux surveiller son pop corn et son sac à dos le temps qu’elle prend pour aller faire pipi.
C’est évidemment ce gars qui attend que cette fille sorte du taxi pour l’attirer contre lui poser son front sur le sien et lui donner le baiser le plus tendre du monde malgré le vent malgré le froid malgré la pluie malgré le traffic malgré les lumières rouges malgré les klaxons.
C’est cette assiette partagée de soleil de figues rôties de fromage de chèvre salé de pistaches grillées et de miel épicé, arrosée d’un vin orange choisi exactement parce qu’elle me dit en arrivant sur cette terrasse de Laurier que “Je mange toujours ça quand je viens ici c’est tellement bon il faut absolument que tu goûtes.”
C’est cette fille qui présente son nouveau chum à ses parents et à ses grands-parents dans l’entrée du resto à déjeuner dans Villeray.
C’est ce regard plein d’yeux concentrés
cette main douce sur son menton barbu
ces corps qui se rencontrent en bougeant tous les deux vers l’avant
ce sourcil haussé et attentif pendant une conversation à sens unique
se montrer ses écrans de téléphone pour rire de ce que chacun a vu avant l’autre
installer un piano dans une salle d’attente pour jouer ses chansons préférées à ses patients impatients
ce gars au bistro de la BanQ qui me dit d’aller demander mon matcha à l’autre kiosque parce qu’il a vidé son dernier lait d’avoine dans le latté de sa blonde
c’est ce courriel écrit à quatre mains avec passion.
Ces confidences accompagnées d’un “Dis-le pas, personne d’autre le sait, mais…”
Josiane Stratis j’ai hâte de revenir à Montréal cet été pour tu-sais-quoi mais surtout pour observer les gens qui s’aiment, encore.




Je crois qu’on passe une grande partie de nos vies à chercher ces petites preuves silencieuses que les êtres humains tiennent encore les uns aux autres.Pas dans les grandes déclarations. Dans les détails presque invisibles. Une couverture remontée sur quelqu’un qui dort.Un front posé contre un autre quelques secondes de trop. Quelqu’un qui ralentit le pas pour marcher exactement à la même vitesse qu’un autre.
Votre texte donne l’impression de regarder une ville respirer doucement sans que personne ne s’en rende compte.
Ton texte se présente à moi comme un tableau : un panorama de situations dont les ressorts communs sont la tendresse, l'échange, la douceur, l'entraide... L'amour au gré d'instants de vie... Éminemment visuel et charmant à lire.